INSTITUT R.A.M.E.
(Retour À la Mémoire Émotionnelle)
Volume 2 Numéro 2 Octobre 1998

"LA GÉNÉRALISATION DES SENTIMENTS"

Qu’est-ce que la généralisation des sentiments? La définition du mot "généraliser" dans le dictionnaire dit: "étendre à tout un ensemble de personnes ou de choses". D'où vient que l'on généralise? Ce concept débute très tôt dans la vie. Dès l'apprentissage d'une langue, l'enfant apprend en généralisant les règles de grammaire, ex: "ils sontaient" au lieu de "ils étaient", etc.

D'après l'expérience du chien de Pavlov, nous savons qu'il a réussi à faire saliver un chien au son d'une cloche en lui donnant, au début de l'expérience, de la nourriture en même temps qu'il entendait le son de la cloche. Il pouvait donc, après un certain temps, saliver juste à entendre le son de la cloche, sans la nourriture. Peut-être ne réalisez-vous pas que vous avez expérimenté le même phénomène plusieurs fois dans votre vie. Fermez vos yeux un moment et visualisez votre plat favori. Qu'arrive-t-il dans votre bouche? Normalement, les gens commencent à saliver.

Maintenant, ce stimulus (cloche) qui fait saliver le chien peut se généraliser à d'autres cloches. La salivation sera plus ou moins semblable selon la ressemblance du son de la cloche au stimulus original. C'est ce qu'on appelle un stimulus de généralisation. Pour que le sujet réagisse différemment au stimulus (son de la cloche) il doit voir le stimulus comme nettement différent de l'original, sinon, il réagira comme si c'était vrai.

De la même façon, nous sommes menés par les sentiments de l'enfance, ceux qui sont restés bloqués vont se généraliser aux situations vécues par l'adulte. Ainsi, un bébé ou un enfant qui a peur d'être abandonné par ses parents, soit dans sa chambre quand il pleure et que personne ne vient, soit quand il est gardé par quelqu'un d'autre, soit à la garderie, pourrait ressentir, à l'âge adulte, le même sentiment d'abandon sans qu'il soit conscient que ce sentiment vient d'une situation très lointaine, c'est-à-dire durant son enfance. Ainsi, la personne généralise le sentiment d'abandon qu'elle ressent à un événement d'aujourd'hui, mais ce sentiment n'a rien à voir avec ce qui arrive dans le présent. Il est simplement déclenché par le départ de quelqu'un, la mort d'un être cher, la séparation du couple, etc. Et, comme il est relié au passé, la résolution de ce sentiment ne peut se faire dans le présent; il sera résolu en trouvant ce qui l'a causé dans le passé. Un enfant qui a toujours eu peur qu'il arrive un malheur, à lui ou à sa famille, deviendra un adulte qui a peur de tout. Son sentiment de peur sera généralisé à toutes sortes de choses dans sa vie, même s'il peut rationaliser et se dire qu'il n'a pas à avoir peur de cela.

Ainsi le comportement de l'un des parents ou des deux est malheureusement toujours généralisé par l'enfant. En fait, rendu adulte, un homme aura l'impression que toutes les femmes "sont comme ça", c'est-à-dire qu'il généralisera l'attitude de sa mère à toutes les femmes et vice-versa pour une femme. Ce sentiment est si profondément enfoui que la connexion avec le parent ne se fait pas. La personne cherche (et trouve) chez l'autre la raison de sa souffrance, de ce qu'elle ressent, elle cherche un "coupable" à sa souffrance. Mais le vrai "coupable" n'est plus là depuis très longtemps. Elle généralise ce qu'elle a déjà ressenti à ce qui arrive aujourd'hui dans sa vie. L'enfant que l'on a humilié à répétition est condamné, adulte, à ressentir le sentiment d'humiliation dans des situations semblables à celles qu'il a vécu enfant puisqu'il généralisera automatiquement.

De la même façon, les besoins, que l'on a enfant, d'être aimé, cajolé, consolé, compris, etc..., seront généralisés, une fois adulte, à des personnes par qui nous sommes attirés. Comparons l'amour reçu des parents à une mine d'or. L'or est une richesse inestimable, il apporte sécurité, stabilité, éclat, brillance, pouvoir, etc... enfin, tout ce qu'une personne peut désirer pour combler ses besoins, comme l'amour des parents apporte tout ce qu'un enfant peut désirer, aussi pour combler ses besoins. Ainsi, l'enfant dont les besoins d'amour n'ont pas été comblés par les parents cherchera, une fois adulte, à remplir ces besoins. Il cherchera "l'or" tant désiré et attendu. Mais attention, tout ce qui brille n'est pas or. C'est ainsi qu'un autre être humain n'est pas le "parent" et ne le sera jamais.

Donc, une femme ou un homme, quelle que soit la relation interpersonnelle avec cette personne, que ce soit côté amour, amitié ou travail, peut être du "toc", c'est-à-dire autre chose que de l'or mais qui lui ressemble beaucoup. Le "toc", c'est quelque chose dont on se contente mais ce n'est pas quelque chose qui plaît vraiment, ce n'est pas quelque chose qui rendra la personne vraiment heureuse puisqu'elle ne peut remplir ses véritables besoins avec ça.

De plus, les véritables raisons de cette recherche d'amour constante sont inconscientes puisqu'elles sont refoulées parce que trop souffrantes. Ainsi une personne peut chercher pendant des années à se faire louanger, à recevoir des caresses, etc... sans qu'elle soit véritablement consciente du pourquoi de ses comportements. Et s'il arrive qu'elle en devient consciente, le problème n'est pas réglé pour autant. Il faudra libérer la souffrance en la revivant c'est-à-dire en faisant connaissance avec une peur, une peine, etc... que nous avons refoulée parce qu'à l'époque, quand nous étions petits, nous étions incapables de gérer cette souffrance trop grande pour nous et qui faisait présager un grand danger: celui de ne pas être aimé.

En conclusion, pour ne plus généraliser ses sentiments, il suffit de retrouver l'événement original ou le stimulus original qui a produit le sentiment. On ne trouve pas à la clarté ce qui a été perdu à la noirceur. On ne trouvera pas dans le conscient ce qui a été refoulé dans l'inconscient. Il faut retourner dans la noirceur c'est-à-dire dans l'inconscient.

Marjolaine Cadotte, B. Ps., membre de l'Ordre canadien des praticiens de naturopathie et des naturothérapies
Psychothérapeute.

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