AMOUR et RÉPRESSION
En fait, la souffrance commence très tôt, lorsque l’enfant ne reçoit pas ce dont il a besoin; c’est-à-dire, quand il n’est pas convenablement nourri, gardé au chaud et au sec; quand il n’est pas caressé, écouté; quand il ne lui est pas permis de se développer à son propre rythme ou quand ses questions restent sans réponse. Mais évidemment, toutes les enfances sont pleines de frustrations; même la meilleure des mères ne peut satisfaire tous les désirs et tous les besoins de son enfant.
Cependant, ce n’est pas la souffrance des frustrations qui entraîne le trouble psychique mais l’INTERDICTION de cette souffrance, l’interdiction de vivre et d’exprimer la douleur des frustrations subies.
Et le plus souvent, cette interdiction qui émane des parents a une raison d’être tout à fait inconsciente: les épargner du ‘’danger’’ possible de ressentir leurs propres douleurs d’enfance. Ne pas voir que son enfant souffre est pour les parents le meilleur moyen pour ne pas voir jusqu’à quel point eux aussi ont souffert dans telles situations.
Mais pour l’enfant, l’impossibilité ou surtout l’interdiction de leur exprimer ce qu’il ressent fait qu’une nouvelle douleur plus profonde, plus entière apparaît: l’impossibilité d’être simplement lui-même. Dès lors, l’enfant commence à se sentir comme s’il n’était pas aimé et pas aimable.
Souvent, l’enfant doit se couper de la réalité parce que la souffrance de ne pas se sentir aimé est trop grande. C’est un mécanisme de défense qui sert à sa survie. En effet, comment un tout-petit peut-il supporter l’idée d’être abandonné sans tomber dans un profond désespoir, puisqu’il ne peut lui-même subvenir à ses besoins. Il est en danger de mort. Ce mécanisme permet à l’enfant de ne plus avoir conscience d’une douleur émotionnelle trop forte qui, pourtant, est toujours présente en lui. Ceci implique que cette coupure se fait inconsciemment, car l'enfant ne décide pas par lui-même d'oublier sa souffrance. Cette capacité de survie, qui s’est développée après plusieurs millions d’années d’évolution, est biologiquement innée, naturelle et normale chez les êtres humains et on l’appelle répression.
Mais quand l’enfant réprime sa souffrance, il bloque ses besoins véritables et, par le fait même, nie une partie de lui-même. Ce déni inconscient de soi-même et de ses besoins réels survient lorsque l’intensité de la douleur dépasse un seuil de tolérance ou lorsque ce même seuil est atteint par effet cumulatif. Victime impuissante de sa propre répression, l’enfant continue inconsciemment de nier cette partie de lui-même, pour le reste de sa vie. Le plus tragique, c’est qu’une fois parent, il transmet ses propres blessures à ses enfants. En effet, il est incapable de reconnaître chez ses enfants des besoins qu’il a inconsciemment niés pour lui-même.
Les émotions réprimées de l’enfance ne disparaissent pas. Elles demeurent emprisonnées chez l’enfant devenu adulte et créent une tension continuelle tant au niveau physique que psychologique. Cette tension contraint la personne à mener un combat constant pour satisfaire symboliquement les besoins d’amour non remplis de l’enfance. Moyen de survie pour l’enfant, la répression devient un mécanisme destructeur chez l’adulte. Fréquemment, cela causera dépression ou anxiété.
Tous les aspects de sa vie peuvent en souffrir: sa santé mentale et physique, ses relations amoureuses, familiales et amicales ainsi que son travail. Qu’importe la manière et qu’importe avec quelle ardeur il essaie, un adulte ne peut satisfaire les besoins non comblés de son enfance. Ce combat futile ne peut être résolu qu’en revivant la souffrance originelle bloquée de la conscience depuis si longtemps. Cette expérience spécifique s’appelle un primal.
Étant donné que le comportement déviant provient d’un déni émotionnel, l’émotion est la clé de la résolution du conflit. Le Retour À la Mémoire Émotionnelle (RAME) aide ainsi la personne en encourageant la souffrance à remonter jusqu’à la conscience, pour qu’enfin elle soit connue, sentie, comprise et intégrée.